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  • Le 29 octobre 2020
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Cette rentrée est toute particulière… et ce ne sont pas les enseignants qui diront le contraire ! Bon gré mal gré, chacun a dû adapter ses pratiques pédagogiques, préparer ses cours sans connaître l’évolution des conditions sanitaires, appréhender de nouveaux outils et la plupart du temps, conjuguer cours en présentiel et cours à distance. Dans cette série de portraits, 4 enseignants de l’Université de Nantes partagent concrètement ce qu’ils ont mis en place, pourquoi ils l’ont fait, ce qui les a aidés et les difficultés rencontrées. Après les portraits du duo Delphine Rommel et Margaux Le Borgne (Psychologie), Léo Le Mener (IAE) et Vincent Ricordel (Polytech'), découvrez celui de Philippe Damier (Médecine).

En Médecine, la neurologie est en partie enseignée à distance aux étudiants de 4e et 5e années, et cela depuis… 5 ans ! De septembre à décembre, c’est précisément auprès de ce public que Philippe Damier intervient : pour cet enseignant-chercheur en neurologie à la faculté de Médecine, la rentrée 2020 n’a donc pas été très différente des autres.
 

Nous avions l’immense avantage de déjà dispenser les 2/3 de nos cours sous forme de classes inversées ", un schéma selon lequel l’étudiant apprend d’abord son cours en autonomie avant de l’approfondir avec l’enseignant. " Pour le présentiel, en revanche, il a fallu trouver des solutions afin de préserver les indispensables temps de face à face avec les étudiants.

L’efficacité de l’apprentissage en autonomie

A l’époque, lorsque la question de l’enseignement par classes inversées a été évoquée en comité pédagogique, Philippe Damier et ses collègues ont tout de suite été séduits : " en Médecine, la présence des étudiants (ou plutôt leur absence…) a toujours été un sujet. Même si la neuro est une discipline attractive, j’étais concerné et convaincu de ce modèle : grâce aux neurosciences, on sait désormais que l’apprentissage en autonomie couplé à des séances collectives est vraiment pertinent ".


Des outils à disposition des étudiants

Pour travailler l’équivalent d’un cours magistral de 2h00-2h30, les étudiants disposent de 3 ou 4 vidéos de 10 à 15 minutes chacune, et d’un référentiel écrit.

Les vidéos sont réalisées au sein même de l’université de Nantes. Un peu figées il y a 5 ans, elles sont désormais plus dynamiques car produites dans un véritable studio d’enregistrement mis à disposition par le Service de production et d’innovation numérique du pôle Santé (SPIN) : " nous ne sommes plus obligés de rester derrière la caméra de notre ordinateur. Nous pouvons bouger, c’est plus naturel, plus pratique aussi : par exemple, pour illustrer un trouble neurologique, on peut montrer une marche altérée ".

Le référentiel est quant à lui un outil national, un manuel produit par le Collège des enseignants en neurologie. " Il existait avant la mise en place de nos classes inversées et est mis à jour régulièrement. Il est accessible à tous les étudiants et disponible aux formats papier (payant) et digital (gratuit) ".

Après avoir travaillé son cours, chacun peut vérifier ses acquis grâce à un test pré-cours non noté : " il s’agit d’un quizz de 10 à 15 questions à choix multiples (QCM) ou à réponses ouvertes et courtes auxquelles les étudiants répondent par 1 ou 2 mots (QROC) ".

Un test post-cours est également proposé : " 10 à 15 nouvelles questions permettent aux étudiants (et à nous) de savoir s’ils ont bien intégré les notions de la séquence ". Ces tests comptent pour 30% de la note finale (système de bonus).


Une séance de travail collective

Pour Philippe Damier, le temps collectif est essentiel. " En 1h00, nous revenons sur les points les plus ardus du cours ou sur ce qui n’a pas été compris des étudiants au regard des résultats des tests pré-cours ".
En temps normal, ce cours rassemble la moitié de la promotion soit environ 130 étudiants. Aujourd’hui, Covid oblige, quand la première moitié est à distance, l’autre est en présentiel et inversement la fois suivante.
L’enseignant utilise Zoom et son ordinateur portable avec caméra intégrée. " Moi qui aime bien les interactions avec les étudiants, là, je suis contraint de rester derrière l’ordinateur pour que ceux qui sont à distance puissent me voir. Et malgré le chat, je n’ai pas vraiment d’interactions avec eux. Ce n’est pas l’idéal mais on fait avec : on verra comment s’équiper si on s‘installe dans la durée ".
 

Un format anti-bachotage

Au fur et à mesure de sa pratique, l’enseignant fait évoluer ses outils pour inciter les étudiants à travailler toujours plus régulièrement.
Par exemple, à la fin du test pré-cours, il leur demande de poser une question : " s’ils ont travaillé, ils en ont forcément ! ". Et l’année prochaine, les notes obtenues au test post-cours contribueront à la note finale à hauteur de 15% (au lieu de 30% aujourd’hui) tandis que le test pré-cours deviendra lui aussi ‘‘payant’’ à hauteur de 15% (au lieu de 0 aujourd’hui).
" Dans un format classique, quelques semaines avant l’examen, les étudiants se mettent à bachoter, ce qui n’est pas propice à l’ancrage des connaissances. Le format inversé est plus exigeant mais favorise une réelle mémorisation ".

Quand on pose la question du bilan à Philippe Damier sur les classes inversées, sa réponse est catégorique : " je ne regrette pas du tout ! ". Son enthousiasme est toutefois loin d’être naïf : " on est toujours un peu déçu que les étudiants ne préparent pas encore bien leur cours. Et lorsque nous sommes ensemble, les questions devraient fuser or ce n’est pas le cas. Mais c’est assez compréhensible et en ligne avec la façon dont notre système scolaire les a formatés, attendant d’eux davantage de l’écoute que de l’interaction ".
Pour autant, l’enseignant n’a pas dit son dernier mot : il réfléchit à d’autres pistes pour renforcer encore la valeur ajoutée des séances collectives.