• Le 12 septembre 2019

Moins médiatisée que le conflit israélo-palestinien mais, comme lui, vieille de plus de cinquante ans, l'inextricable question du Cachemire sort de l'ombre. Après quatre guerres, les incertitudes de l'ordre mondial contemporain pèsent encore sur le sort de cette région du monde.




Moins médiatisée que le conflit israélo-palestinien mais, comme lui, vieille de plus de cinquante ans, l'inextricable question du Cachemire sort de l'ombre. Le royaume à la population en majorité musulmane - qu'un maharadjah hindou rattacha à l'Inde en 1947 pour échapper à l'emprise pakistanaise - est devenu le coeur du triangle nucléaire de l'Asie. La ligne de contrôle qui le tranche demeure, après quatre guerres, ligne de front. Le régime militaire pakistanais a fait volte-face après le 11 septembre, en interdisant le passage au Cachemire indien des islamistes aux méthodes terroristes que les services secrets d'Islamabad soutenaient jusque-là. Ces hérauts du jihad n'en poursuivent pas moins leur stratégie de déstabilisation qui dresse les armées face à face, au risque d'un nouvel embrasement.

Reste le coeur du problème : le sort des Cachemiris. Ni l'insurrection indépendantiste, ni la répression indienne, ni la surenchère islamiste n'ont, après des dizaines de milliers de morts, permis d'espérer une solution. Les conceptions antagonistes de la nation et du bon droit que véhiculent l'Inde et le Pakistan, le choc des ambitions stratégiques, les manoeuvres des pouvoirs rendent le dialogue indo-pakistanais très aléatoire, tandis que les Cachemiris sont trop divisés pour se faire entendre. Derrière la tragédie du Cachemire se profilent moins le choc des civilisations que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes face aux États post-coloniaux, le déficit démocratique dans la gestion des identités, les réseaux terroristes, le concept de guerre limitée sous parapluie nucléaire, l'attentisme des puissances, la faiblesse de l'ONU. Grandes questions qui illustrent les incertitudes de l'ordre mondial contemporain sur la question du Cachemire.

Présentation de l'intervenant

Jean-Luc Racine est directeur de recherche émérite au CNRS (Centre d’Études de l’Inde et de l’Asie du Sud de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales) et chercheur senior à Asia Centre. Il travaille sur les dynamiques de l'Inde contemporaine, sur les visions indiennes de l'ordre mondial et la géopolitique de l'Asie du Sud, en particulier sur les relations indo-pakistanaises.