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  • Le 16 octobre 2020
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Cette rentrée est toute particulière… et ce ne sont pas les enseignants qui diront le contraire ! Bon gré mal gré, chacun a dû adapter ses pratiques pédagogiques, préparer ses cours sans connaître l’évolution des conditions sanitaires, appréhender de nouveaux outils et la plupart du temps, conjuguer cours en présentiel et cours à distance. Dans cette série de portraits, 4 enseignants de l’Université de Nantes partagent concrètement ce qu’ils ont mis en place, pourquoi ils l’ont fait, ce qui les a aidés et les difficultés rencontrées. Après Delphine Rommel et Margaux Le Borgne (Psychologie) la semaine dernière, voici le témoignage de Léo Le Mener (IAE).

Léo Le Mener est directeur adjoint aux études à l’IAE de Nantes et enseignant en économie. S'il a choisi l'enseignement, c'est " parce que j’aime voir les étudiants, voir dans leurs yeux que je sers à quelque chose et qu’ils ont compris les notions ". Alors évidemment, pour lui, l’enseignement à distance est un peu frustrant.

Si nous pouvions avoir tous les étudiants en face à face sans risque sanitaire, nous le ferions. Mais nous sommes en situation de crise : il faut s’adapter et faire au mieux avec les outils qu’on a.

Les cafés MADOC

Les outils, Léo Le Mener les connaît plutôt bien. Pendant le confinement, avec 2 ou 3 collègues, ils étaient "personnes ressources" pour les enseignants de l’IAE. Et depuis quelquesLéo Le Mener est chargé de TD de mathématiques et d’économie pour les L1 et L2 ce semestre. Il est également responsable des L1 Parcours accompagnés et du tutorat pour l’IAE. semaines, en complément des formations dispensées par le Service de production et d’innovation numérique du campus Tertre (SPIN), il leur propose un temps d’échange hebdomadaire : les Cafés MADOC.

Approfondir les fonctionnalités de la plate-forme et de certains logiciels (Zoom, OBS, BigBlueButton), découvrir les usages adaptés aux tablettes graphiques, webcams grand angle et autres lampes magiques pour choisir le dispositif adapté à ses besoins : " chacun vient avec ses questions et nous essayons d’y répondre. Nous ne sommes pas encore dans le partage d’expérience mais j’espère que cela va venir ".

En ce début d’année, les demandes portent sur la mise en place des cours avec par exemple la gestion des groupes (pour que les étudiants accèdent uniquement aux ressources qui les concernent). " Dans quelques semaines, les questions porteront sans doute plutôt sur les évaluations ".
 

Développer l’autonomie sans sacrifier le présentiel

Pour Léo Le Mener, dans le contexte Covid, l’hybridation est indispensable en licence pour maintenir la distance physique car les effectifs sont importants : plus de 500 en L1. Mais elle ne résout pas tout. Le risque est réel de perdre les étudiants, en particulier les nouveaux arrivants ou les plus fragiles (ceux qui bénéficient des Parcours accompagnés sont d’ailleurs 100% en présentiel).

" Il faut laisser les étudiants progresser le plus loin possible en autonomie mais sans jamais les lâcher, d’où notre choix du présentiel une semaine sur deux avec du tutorat à disposition pour ceux qui sont dans leur semaine d’enseignement à distance ".
Les enseignants ont donc toujours un groupe à distance et un autre en présentiel. Ils adaptent leur pédagogie selon l’effectif, la matière enseignée et le type de cours (magistral ou TD, synchrone ou asynchrone).
 

Choisir le bon outil

 " Pour ma part, au 1er semestre, je suis toujours au format TD avec 10 à 45 étudiants selon les groupes. Si j’enseigne en même temps aux deux groupes, en présentiel et à distance (format synchrone), j’utilise Zoom et la lampe magique ", une webcam qui filme la feuille sur laquelle on écrit et s’intègre à la projection, au même titre que le diaporama. " Cela permet de passer facilement de l’écran à la feuille. C’est adapté à ma matière : je peux dessiner des graphiques, écrire des équations, comme je le ferais au tableau si tous les étudiants étaient présents ".
Lorsque son enseignement est dissocié (asynchrone), Léo Le Mener prépare une ressource spécifique pour les étudiants à distance, en général une capsule vidéo (diaporama narré) accompagnée d’un forum. " Mais je ne suis pas You-tubeur, je suis prof et heureusement que je vois chaque étudiant une semaine sur deux ".
 

Des formats incitatifs

Indépendamment de la Covid et du rythme de présence des étudiants, l’enseignant en économie utilise d’autres formats, inspiré en cela par un collègue de mathématiques.
Par exemple, pour préparer chaque TD, il met en ligne un QCM que les étudiants peuvent remplir autant de fois qu’ils le veulent. A la fin du semestre, selon la moyenne obtenue à tous ces QCM, des points bonus sont alloués. " On peut toujours demander aux étudiants de préparer un TD mais ils le font rarement. Grâce aux QCM, ils arrivent avec une bonne idée du sujet et même des questions, ce qui renforce l’efficacité du TD. J’ai utilisé ce format pendant le confinement et le réutiliserai dès le semestre prochain ".

Quant à la relation avec les étudiants, d’une certaine manière, la formation à distance rend l’enseignant plus accessible car elle individualise la relation et lève les réticences parfois liées à la timidité ou au manque de confiance en soi. " Les étudiants se permettent de me contacter directement, peuvent m’envoyer un message n’importe quand et sous n’importe quel format. En amphi ou en TD, ils n’auraient pas forcément osé intervenir ou poser leur question ".
Ce sont là aussi de nouvelles façons de faire auxquelles il faut s’adapter. " Il faut savoir se rendre disponible sur certains créneaux et accepter de ne pas l’être sur d’autres, veiller à préserver son temps personnel pour ne pas "disjoncter".

Le terme d’hybridation recouvre une multitude de formats et d’outils (et de temporalités !), dont la pandémie a catalysé la diffusion. Mais pour Léo Le Mener, cela ne peut devenir une fin en soi : " il faut avant tout se poser la question de la valeur ajoutée. Si les outils d’enseignement à distance ouvrent toutes sortes de possibilités, ils ne sont pas adaptés à toutes les matières ni à tous les publics ".