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  • Le 27 novembre 2020
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Après quinze jours de course assez rudes pour Armel Tripon qui aura subi sans répit les caprices d’Eole, il était temps de quitter l’Atlantique nord pour embrasser l’hémisphère sud ! Armel aura réussi à bien négocier par l’ouest le Pot au noir, cette zone de convergence intertropicale imprévisible où cohabitent de violents grains et des masses nuageuses piégeuses où le vent se fait rare, qui aura été assez clément pour le skipper nantais bien éprouvé. C’est finalement aux aurores mardi matin qu’Armel aura passé l’Equateur, saluant Neptune au passage, heureux d’aborder enfin l’Atlantique sud et ses promesses de glisse et d’inconnu !



Armel a d’abord dû négocier les vagues encore bien creuses, et patienter avant d’affoler les compteurs ! L’anticyclone de Sainte-Hélène, positionné très au sud, est venu perturber les systèmes météo. Conséquence : les alizés du Sud Est, moribonds, se sont laissés aspirer par l’équateur en prenant une direction très Sud, obligeant Armel à remonter au vent, contraint de se rapprocher de près des côtes brésiliennes.

Pénalité de 4 heures

Mais alors que le skipper nantais commençait à retrouver de la vitesse, il a dû s’acquitter d’une obligation un peu désagréable : une pénalité de 4 heures lui a été notifiée par le Jury du Vendée Globe. Motif : il avait déplombé son axe d’hélice(*) en prévision de sa manœuvre de mise en sécurité au moment de l’avarie de hook, dans une mer grosse et 35 nœuds de vent. Le jury a statué : 4 heures d'arrêt, entre le 2e et 8e degré de l'hémisphère sud. Armel a donc dû donner un point GPS à la direction de course et repasser par ce même point quatre heures plus tard. Ce n’est évidemment pas agréable, mais pas très grave non plus à ce moment d’un Vendée Globe qui ne fait que commencer : il reste environ deux mois de mer devant l’étrave ! Puis une fois cette pénalité honorée, le marin a enfin pu accrocher des flux d’alizés d’est bien installés, tandis qu’il s’apprête à aborder des mers inconnues pour lui qui n’a jamais dépassé les latitudes d’Itajaí au Brésil.

« C’est sympa de se préparer à attaquer des territoires inconnus. Jusqu’ici, dans l’Atlantique Nord, on est encore dans le monde habituel des navigateurs. Après c’est une autre histoire. Et moi, ça me plait d’aller explorer ces mers où je ne suis jamais allé : l’Indien, le Pacifique … »

Choix stratégiques

Mille après mille, Armel dévore l’horizon et se rapproche doucement de ses concurrents. La route est longue et le skipper nantais n’a pas dit son dernier mot ! En cette fin de semaine, c’est un marin heureux et impatient d’en découdre avec le reste de la flotte qui trace sa route vers le sud, avant d’attaquer Sainte-Hélène et ses pièges. L’heure est aux choix stratégiques : couper le fromage ou faire le tour de la paroisse par l’ouest pour rejoindre à tout prix les 40e rugissants ?
Cartographie

« Bien sûr qu’un des objectifs est de remonter au classement. Mais pas n’importe comment, pas en faisant le chien fou. Le Vendée Globe est une course de très longue haleine où il faut être très patient. Je suis bien dans le rythme, bien sur l’eau, content d’aller vers des mers inconnues pour moi. Je ne sais plus trop quel jour on est, je ne suis plus dans un tempo de terrien. Et c’est sympa de se dire qu’on part pour un long moment, le bateau et moi. Pour écrire une belle histoire autour du monde.»

Déjà, les réflexes terriens laissent place au sens marin, profondément intuitif, contemplatif et sauvage. Armel ne se lasse pas de cette liberté qui l’habite et se sait chanceux d’être en mer :

" Qu'est ce qui fait que l'on soit heureux en mer ? Quels sont ces moments rares uniques à vivre. Tous ces petits riens qui font un grand tout. Avoir le privilège chaque soir et matin si on est levé de voir le ciel se métamorphoser. Vivre pleinement une journée en mer où chaque manœuvre, chaque geste a son importance, le ressentir. Voir à perte de vue ce bleu immense, si intense et profond, sentir vivre sous ses pieds. Dans son corps, ce bateau qui vit avec la mer avec le vent. Sentir le vent, voir les nuages, observer le ciel. En avoir marre quand ça tape fort, que la mer est mauvaise et qu'on lutte contre des murs d'eau d'une telle puissance, que ça impose le respect. Se sentir humble face à cette nature qu'on aimerait intact. Voir filer ce bateau mi-oiseau, mi-mamifère sentir ce que l'on peut lui demander et ne pas aller au-delà ! Sentir son corps fatigué, lutter contre le sommeil et dormir au plus juste ! Être au moment présent, concentré. Se sentir à sa place quelque part en mer dernier espace de liberté où personne va vous dire ce que vous avez à faire ou ne pas faire ! "

A bon entendeur !

(*) L’axe d’hélice : Avant chaque départ de course, l’hélice du moteur dont est équipé chaque bateau est plombée afin que la fonction de propulsion du moteur ne soit pas utilisée en course. Suite à la casse de son hook, Armel a par sécurité déplombé son hélice afin d’utiliser son moteur pour manœuvrer correctement dans de la mer formée, étant privé de voile d’avant.

Source Margaux Le Joubioux